Pour lutter contre la pénurie d’enseignants, il faut valoriser la profession et non la brader !

 

Marion Lemesre, Députée-Chef de groupe MR, choquée par la campagne de recrutement indigne de « la mission d’enseigner », lancée par l’échevine socialiste de l’Instruction publique de la Ville de Bruxelles,  plaide pour une politique de recrutement valorisant les aptitudes que nécessite la profession ainsi que la réforme urgente des mesures visant à la réduction des effectifs prises dans les années 80.

 

En effet, si, dans la gestion quotidienne, le Pouvoir Organisateur a pour mission de mettre en œuvre une stratégie de recrutement des enseignants afin de garantir le fonctionnement et le renouvellement de son cadre, il est clair qu’il faut rester prudent dans la démarche et garder en mémoire les contraintes inhérentes à ce métier.

En cela, ce n’est pas différent des autres professions constate d’emblée Marion Lemesre, car tous les  métiers et toutes les professions nécessitent des aptitudes précises qui en font toute la valeur et qui font qu’ils conviennent bien à un individu et pas à un autre.

 

La pénurie actuelle d’enseignants (70 postes à pourvoir, rien que dans le réseau de la Ville de Bruxelles) atteint une telle amplitude que le phénomène est désormais connu du public non initié et commence à inquiéter les différentes composantes de notre société et plus seulement les parents ou les acteurs de terrain.

Cependant, la pénurie ne peut justifier de faire n’importe quoi en matière de recrutement. En effet, il est dangereux et vain d’attirer le « candidat enseignant » à tenter une carrière dans un « PO qui se dit sympa » en énumérant des avantages matériels annexes, tels des voyages ou des réductions dans les centres sportifs, sans aborder dès le départ les aptitudes requises et les motivations très spécifiques à l’enseignement.

 

Pour la Chef de groupe libérale, il est  paradoxal qu’à l’heure où on établit des profils définis pour de nombreuses fonctions, on ne songe pas à préciser un peu mieux les aptitudes requises pour entrer dans le métier et parvenir à y rester à la satisfaction de tous !

Bref, avant d’attirer le chaland qui risque de déchanter, il faut avant tout veiller à la mise en œuvre de la réglementation existante pour créer des conditions matérielles propices en faveur de ceux qui sont déjà en place et souhaiteraient y rester sans  subir une amputation de traitement. En effet, il est aussi  paradoxal de devoir constater que plus d’un an après les différentes dispositions prises par l’arrêté du 14 mai 2009 pour assurer une revalorisation barémique de certains membres du personnel enseignant, les dispositions pratiques pour leur permettre de faire valoir l’application de l’arrêté ne sont toujours pas prises !

 

Pour mémoire, voici l’extrait de la circulaire 2918 du 15 octobre 2009 : « les membres du personnel porteur d’un diplôme d’agrégation de l’enseignement secondaire supérieur, titre requis pour la fonction de l’enseignement secondaire supérieur analogue à la fonction exercée et complété par le module de formation à la pédagogie de l’enseignement secondaire inférieur visé au titre II du décret du 30 avril 2009 dont question ci-dessus, bénéficie de l’échelle 501 dès la réussite du module de formation ».

 

En  clair, un licencié en philo romane qui a l’agrégation de l’enseignement secondaire supérieur qui reçoit une partie de son horaire en 1e, 2e ou 3e année de l’enseignement général (dans l’enseignement qualifiant même la 4e année est considérée comme de l’enseignement inférieur) est confronté à un dilemme :

Ø      Il aime l’école dans laquelle il se trouve et préfère avoir un horaire complet sur un seul établissement et il accepte un barème inférieur à celui de « ses titres » avec des conséquences sur la carrière et la pension qui vont varier d’un individu à l’autre suivant la durée de ce régime « transitoire » ; ou

Ø      Il cherche une charge en adéquation avec ses titres et se partage sur plusieurs établissements voir plusieurs PO jusqu’à ce qu’il trouve un horaire complet. Il est clair que dans les « matières » où il y a pénurie, ce choix qui engage une carrière est vite fait !!!

Depuis les mesures prises par l’arrêté du 14 mai 2009, l’agrégé de l’enseignement supérieur qui souhaite conserver des attributions dans l’enseignement inférieur pourrait le faire sans préjudice financier s’il accepte de compléter sa formation par un module de formation à la pédagogie de l’enseignement secondaire inférieur visé à l’article II du décret du 30 avril 2009. (Autrement dit il obtient le barème 501).

 

Mais voilà, en janvier 2011, dénonce Marion LEMESRE, cette formation n’est toujours pas organisée ni par la Communauté française, ni par les pouvoirs organisateurs du CPEONS.

En tant que Pouvoir Organisateur, membre du CPEONS, la ville de Bruxelles pourrait impulser une dynamique intéressante voire même proposer un module de formation, en s’appuyant sur le réservoir existant dans sa catégorie pédagogique, pour régulariser la situation de nombreux agents dont les siens.

 

Dans le même ordre d’idée,  la Ville de Bruxelles pourrait plaider auprès de la Communauté française pour revoir certains aspects de la législation qui constituent des freins à des solutions internes tels qu’autoriser les heures supplémentaires dans le même établissement et revoir le calcul ou encore autoriser un assouplissement des mesures d’aménagement de fin de carrière. Par exemple, le retour d’un agent qui regrette sa décision car même s’ils ne sont  pas nombreux, à l’heure de la pénurie, il vaut mieux permettre le retour d’un enseignant expérimenté plutôt que de s’en priver définitivement  en raison d’une réglementation prévue à l’époque pour « dégraisser » !

 

Notre enseignement souffre encore des effets pervers d’une certaine époque constate Marion Lemesre :

Il faut se souvenir qu’autrefois un licencié qui enseignait dans l’inférieur avait son barème de licencié et un régent qui enseignait dans le supérieur avait un supplément financier, c’est dans le contexte d’austérité des pouvoirs spéciaux des années 80 que les mouvements (licenciés vers l’inférieur et régents vers le supérieur) ont été découragés par des incidences financières et ce d’autant plus facilement que dans les années 90 il a fallu dégraisser dans l’enseignement d’où :

  1. les régents et les licenciés ont été consignés chacun dans leur «  bulle » ;
  2. les chefs d’établissement ont été encouragés à mettre tous les agents au minimum de la plage horaire (20/22 licencié d’où 20 et 22/24 pour le régent d’où 22)
  3. différentes dispositions ont été prises pour décourager les heures supplémentaires

 

Tous ces artifices qui devaient répondre à une situation précise (réduire des effectifs) devraient être revus dans le contexte actuelle de pénurie ou de manque d’effectifs, conclut Marion Lemesre.

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